En 1987, Goldman sort son 5ème album, entre gris clair et gris foncé. Pendant les deux années qui suivent, la France pleure sur « Puisque tu pars », « Fais des bébés », apprend que ce ne sont pas les grands héros qui changent la vie des hommes, elle chante l’exil, la douceur masculine, l’abnégation des gens mal nés qui rêvent de gloire.
40 ans plus tard que reste-t-il de ces 20 chansons qui composaient ce double disque ?
Et plus largement, qu’est-ce que Goldman nous a légué ? À travers ses chansons bien sûr, mais aussi et surtout à travers sa démarche : rester un homme parmi les hommes, car c’est la meilleure manière de pouvoir leur parler d’eux. Ne se placer ni au-dessus ni en marge.
Une attitude fondatrice pour toute une génération, pour ma génération.
« Depuis la création de l’Hyper Weekend Festival, où l’on s’attache à célébrer, entre autres, le patrimoine musical, nombreux sont celles et ceux qui n’ont cessé de me demander quand enfin je déciderai de m’attaquer au répertoire de Jean-Jacques Goldman. Une interrogation légitime pour cet artiste croisé dès 1982 au début de ma carrière de journaliste musical, et avec qui je partage une histoire sincère.
J’ai longtemps esquivé le sujet avec entêtement. D’abord parce qu’il fallait trouver l’angle parfait pour lui rendre honneur, mais aussi parce que le terme « hommage » ne me plaisait pas : il a un côté funèbre qui ne colle pas du tout à ces chansons, plus vibrantes et vivantes que jamais.
Mais pour cette année particulière, qui sera ma dernière en tant que Directeur Musical des Antennes de Radio France, je n’ai pas voulu me dérober. C’est l’occasion de saluer un homme dont l’intégrité et la justesse de vie sont exemplaires, tout en partageant avec le public un catalogue resté intact dans le cœur des gens.
Depuis 1982, de nombreux entretiens m’ont permis de créer un lien artistique fort avec Jean Jacques Goldman. C’est ce parcours partagé qui m’a conduit à écrire en 1987 la biographie Goldman, portrait non conforme, puis à co-réaliser en 2017 le documentaire Jean-Jacques Goldman, de l’intérieur.
L’album Entre gris clair et gris foncé tient une place à part dans mon parcours. En 1987, avant sa sortie, Jean-Jacques Goldman et son label m’avaient demandé d’imaginer une interview sur les coulisses de sa création. Ce disque est fascinant : d’un côté, un succès colossal porté par des singles emblématiques de la fin des années 80 ; de l’autre, une dimension plus intime, acoustique et confidentielle, où Jean-Jacques Goldman se dévoile en profondeur comme dans les titres Qu’elle soit elle, Doux, Reprendre c’est voler… des titres en résonance avec un de ses anciens titres Veiller tard, morceau intime mythique pour tous les fans de Jean-Jacques Goldman.
Une fois le projet posé, il fallait trouver l’interprète idéal. Ma sélection d’artistes capables de relever un tel défi était très restreinte. Grand amateur de la musique de Ben Mazué depuis plusieurs années, je ne peux m’empêcher d’y voir de grandes connexions artistiques qui s’établissent entre lui et Jean-Jacques Goldman : même liberté vis-à-vis des médias traditionnels, même art de l’intime au cœur d’un succès populaire. En me plongeant dans l’univers de Ben Mazué, j’ai réalisé à quel point il s’était déjà approprié cet univers, notamment à travers un autre album En passant et aussi par sa reprise exceptionnelle de Veiller tard. C’était une évidence. J’ai tenté ma chance, et il a accepté. Pour moi, les planètes se sont alignées avec une symbolique bouleversante. »
Propos de Didier Varrod recueillis par Léonie Cabrol.
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